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Rencontre avec Emmanuel Lambion, commissaire de la 11e Triennale d’art contemporain d’Ottignies-Louvain-la-Neuve

Fin septembre, la Triennale d’art contemporain revient pour sa 11e édition avec un titre interpellant : « Thriller – Think Common, Play Public ». Portée par le SPOTT et une série de partenaires culturels, l’événement s’inscrit dans une réflexion sur l’espace public, qu’il soit tangible, mental ou virtuel, pour interroger ce que nous avons en commun, à l’ère de profondes mutations sociétales. Nous avons rencontré Emmanuel Lambion, commissaire de cette édition, pour en décrypter les enjeux.

 

Pourquoi « Thriller » ? Que raconte ce titre à suspense ?

Au départ, le briefing reçu était assez large : réfléchir à l’intégration de l’Art dans l’espace public en lien avec le territoire et ses habitant·e·s. J’ai voulu élargir cette réflexion à l’idée d’un espace public non seulement physique mais aussi immatériel, virtuel et imaginaire. Aujourd’hui, on consomme, on échange, on se rencontre souvent en ligne : le forum romain est devenu forum numérique.

Le titre Thriller fait référence à une tension sourde, une urgence politique et sociale que l’art contemporain peut interroger avec humour et distance critique. D’où le sous-titre : Think Common, Play Public. Réfléchir au commun, penser ensemble aux valeurs partagées, et jouer l’espace public comme un lieu d’invention et de partage.

Quelles thématiques traversent cette édition ?

Les œuvres abordent des enjeux très contemporains : inclusion, diversité, durabilité, justice sociale… Des valeurs qui, aujourd’hui plus que jamais, sont fragilisées par les crispations idéologiques, les replis identitaires et les logiques extractivistes que nous connaissons actuellement. Mais ces thèmes ne sont pas abordés de manière frontale ou moralisatrice. L’idée est de susciter une réflexion, parfois participative, souvent ludique, et toujours attentive à la complexité de nos sociétés.

Comment avez-vous choisi les artistes et leurs œuvres ?

De manière organique, évolutive et intuitive. Certains noms étaient présents dès la genèse du projet, d’autres sont venus au gré des confirmations de lieux, des dialogues et échanges avec les partenaires. Car un élément essentiel de la réussite d’une exposition est l’inscription des projets dans des lieux spécifiques, et le dialogue méta / infra-linguistiques que les œuvres entretiennent entre elles dans un espace donné.

J’ai également voulu un équilibre entre jeunes artistes émergents, figures confirmées, diversité de genres, d’origines, d’univers plastiques et de langages esthétiques. On retrouve des œuvres très conceptuelles, d’autres plus narratives, certaines critiques, d’autres plus décalées. En bref, contrastes, diversité, pertinence et humour ont été les maîtres mots de la sélection.

Un exemple d’œuvre particulièrement emblématique ?

Difficile de choisir parmi quelque 150 propositions… Mais je pense au cube de tissu de Margherita Moscardini, qui selon le droit néerlandais peut devenir un espace protégé (Safe place) contre toute exaction policière ou politique. Ou encore aux sculptures de Wobbe Micha, moulées dans des pastèques, d’abord perçues comme queer et ironiques, mais qui résonnent aujourd’hui très différemment. Il y a aussi le piercing monumental et itinérant d’Aline Bouvy, qui voyage d’un bâtiment à l’autre, ou encore l’enseigne lumineuse en Happy Hour de Matthieu Saladin qui ne s’allume que lorsque toutes les bourses mondiales sont fermées.

La question des lieux semble centrale dans votre démarche…

Absolument. L’un des paris de cette Triennale est d’investir des espaces inattendus, insolites : de l’ancienne piscine brutaliste du Blocry qui a marqué tant de générations de néo-louvaniste, à des locaux administratifs de l’ancien SPF Finances du Brabant Wallon à Ottignies, en passant par le Bois des Rêves, une cafétéria style Danish Tavern en plein centre commercial ou encore la nouvelle piste d’athlétisme du Blocry. Autant de contextes qui amplifient le potentiel sémantique des œuvres qui y sont installées mais offrent également l’occasion d’arpenter la diversité du territoire de la commune.

Infos pratiques

11e Triennale d’art contemporain d’Ottignies-Louvain-la-Neuve

📅 Du 27 septembre au 28 octobre 2025
📍 Ottignies-Louvain-la-Neuve

Horaires d’ouverture
Du jeudi au dimanche, de 10h à 18h
Ouvertures exceptionnelles : lundi 27 et mardi 28 octobre (vacances scolaires)

Entrée libre
Accès gratuit à l’ensemble des lieux

Plus d’infos : www.spott.be/thrillertriennale2025

 

La Triennale est portée par le SPOTT sous la direction d’Etienne Struyf et est coordonnée par Sandrine Debroux. Le projet est soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Brabant wallon, la Ville d’Ottignies Louvain-la-neuve, le Centre culturel du Brabant Wallon via sa plateforme de coopération PULSART, le Musée L et UCLouvain Culture.